| Author: | Guy Icard | |
| Rights sold: | foreign rights available in all languages | |
| Genre: | Biography | |
| Number of pages: | ||
| Edition: | ||
| Editor: | Book not published yet | |
| Series: | ||
| ISBN: | ||
| ISSN: | ||
| Publishing company: | ||
| The year of publishing: | ||
| Origin Country: | ||
|
Summary |
Reviews |
Sample text |
|
pages 1 -7 UNE FAMILLE LEVANTINE C' était la fin d´une ère. La Provence perdait peu à peu sa specificité geopolitique et son originalité linguistique. Louis XIV était entre en grande pompe dans Marseille et an pansait tant bien que mal les plaies des guerres de Clans et de religion. Les possessions du pape étaient travaillées par des courants de contestation politique et les Proven~aux s'adaptaient difficilement aux temps nouveaux. En cette fin du XVIIe siècle, la Provence sortait en effet mal en point de la période des troubles religieux et devait faire face à la politique financière de la monarchie francaise. On notait un vieillissement et un recul de la population provencale. Les séquelles économiques des guerres de Religion se faisaient sentir. L'Etat minait la communauté par ses exigences financières et l'Eglise retrouvait sa vocation profonde de désagrégation des structures sociales, politiques et culturelles. La répartition des profits gardant leur caractère féodal, les notables ruraux continuaient leur politique d'exclusion des pauvres. Les rendements agricoles étaient faibles et le commerce stagnait. La plupart des foires et marchés avaient été interrompus et aucune activité manufacturière notable en Provence, en dehors de Marseille et de son environnement immédiat, ne fut signalée dans les mémoires de l'époque. Pour éviter un certain déclassement social dû au marasme socio-économique ambiant, les enfants en surnombre de plusieurs familles se mirent à envisager leur émigration vers d'autres contrées, d'autres pays. La ville de La Ciotat possédait dans ce contexte une situation particulière. Ses principaux revenus provenaient des chantiers navals de la ville, dont la mise à contribution quasi permanente à cause des pertes en bateaux subies par les attaques fréquentes des pirates barbaresques, représentait la principale activité. La seconde occupation notable des habitants de ce port était la pèche et ses dérivés. Ils dépendaient directement ou indirectement de la mer et de ses composants. Cette bourgade d'environ 6000 habitants était difficilement joignable par voie terrestre et toutes les activités importantes etaient concentrées sur son port, avec I'étendue de la mer comme seul horizon. C'était autour de ce port que la vie de la ville battait son plein, avec son église, ses boulangeries, poissonneries et échoppes de tout genre. La nuit, pêcheurs, travailleurs aux chantiers, artisans et marins se rassemblaient dans les quelques troquets et débits de boisson du port où il était surtout question de la mer, des pirates qui la hantaient et des terres lointaines baignées par la mer qui les entourait. Un certain Jacques Icard, apprenti tailleur, faisait partie de ceux qui aimaient bien s'y attarder au coucher du soleil, son escarcelle le permettant, une choppe de vin dans la main, pour écouter les marins qui venaient de débarquer après avoir navigué pendant des semaines le long des côtes du Levant. I1 aimait bien les écouter décrire leurs aventures maritimes, dans lesquelles il était question de pays fabuleux dont les noms, Egypte, Syrie, Alep, Constantinople évoquaient pour lui mille et une aventures. C'était le fils aîné dune famille nombreuse, dont le nombre de rejetons variait selon les nouvelles naissances et les décès dus aux maladies précoces. La solidarité familiale et la puissance paternelle représentant les deux piliers principaux des familles de 1´époque, le père de Jacques, s'acquittait de son mieux de ses devoirs de chef de familie. Une solidarité sans faille régnait dans cette grande communauté, dont seuls les faibles revenus menacaient la cohésion. Le métier de maître tailleur qu'il pratiquait faisait partie des artisanats de travail intensif les moins bien rémunérés et il lui était souvent difficile de nourrir convenabiement sa famille. Les moments de doute et d'anxiété devenaient plus fréquents. Il était souvent question de dettes, d' impayés et de fins de mois difficiles. Jacques avait rapidement appris à manier aiguilles et ciseaux et accomplissait le travail que son père lui impartissait avec célérité et adresse. Son père et lui quittaient souvent tard dans la nuit la petite échoppe de tailleur exigué dans laquelle ils passaient leur temps ä trimer des l'aube. Le soir venu, assis autour de la grande table vermoulue sur laquelle était servi un repas frugal, préparé en général avec des abats et restes de poissons, que l'on pouvait se procurer à bas prix chez les pêcheurs du port, tout ce petit monde s'interrogeait pour trouver un moyen d' échapper à la condition précaire dans laquelle il se trouvait. Tous savaient que le seul moyen d'alléger ]es dépenses communes serait de demander à I'aîné de la fratrie de quitter la famille, voire la ville et de chercher un emploi dans une grande métropole, comme Marseille par exemple, pour pouvoir subvenir à ses propres besoins et qui sait, plus tard, à arrondir les fins de mois difficiles de sa famille. Personne n'osait énoncer une teile proposition car aucun ne pouvait s'imaginer la famille amputée de 1'un de ses membres, surtout s'il s'agissait de Jacques, qui était le plus chéri de tous. Sa mère, qui l'aimait plus que tout, ne voulait même pas en entendre parler. Plusieurs fois parjour, délaissant pour quelques instants ses occupations quotidiennes, eile allait s'agenouiller en face de 1'alcôve contenant la petite Statue de la Vierge Marie pour la prier de 1'aider ä trouver une autre solution que le départ définitif de son fils. Le hasard en décida autrement. Un beau dimanche matin du mois de mai, les premiers rayons du soleil ajoutaient une note ocrée ä I'ambiance bariolée des embarcations du port et la mer, faute de vent, amplifiait 1'impression idyllique du moment en reflétant, comme un miroir tout le paysage environnant. Jacques qui s'était réveille de bonne heure comme d'habitude, se dirigeait vers le port où les pêcheurs venaient de décharger leurs lots de poissons quotidiens. I1 aimait bien discuter avec ces hommes de la mer, écouter leurs récits, souvent poignants et même quelquefois dramatiques, d' événements survenus en haute mer en pratiquant ce dur metier de pêcheur qui était le leur. II écoutait avec patience et empathie leurs doléances et leurs complaintes et savait toujours trouver des mots d'encouragement et de reconfort pour atténuer leur amertume. Ceux-ci le lui rendaient bien en acceptant de lui vendre en sous-main quelques poissons, destinés normalement à garnir les étals des poissonneries. A peine arrivé sur le quai, il apergut parmi les gens attroupés la silhouette élancée d'un homme qu'il crut reconnaître, mais qu'iI n'arrivait pas à situer. C'est l'homme, qui en se retournant, s'avan~a lentement dans sa direction et d'une voix mal assurée lui demanda s'il n'était pas par hasard le fils aîné de son cousin. Jacques reconnut alors son oncle Mathieu Icard, confiseur ä Marseille, qu'il avait rencontré une dizaine d'années auparavant lors d'une de ses visites à La Ciotat. Mathieu l'informa qu'il était de passage à La Ciotat après une absence prolongée et qu'il désirait rendre visite ä ses parents, qu'il n'avait pas revus depuis bien longtemps. C'est de concert qu'ils se dirigèrent vers la demeure de Jacques qui, tout le long du trajetjetait des regards furtifs sur son oncle, dont la stature, la prestance malgré son âge avancé, le visage halé et buriné par les intempéries,1´ impressionnait. I1 se demandait dans quel pays ou région était passé son oncle durant sa longue absence. Arrivés à destination, après embrassades et effusions de retrouvailles coutumières, le père de Jacques invita son cousin à partager le dîner dominical en déclarant que s'il y avait ä manger pour huit, il y en aurait aussi pour neu£ Ainsi proposa-t-il à Mathieu de se joindre auparavant à la famille pour prendre le chemin de I'église et aller y assister ä la messe du dimanche qui devait incessamment commencer. Mathieu déclina gentiment cette offre et prétexta une visite, prévue de longue date, qu'il devait rendre au propriétaire du bateau marchand qui l'avait ramené en Provence au retour de son voyage au Moyen Orient. 11 promit d'être de retour vers midi. La raison de ce refus était en fait de toute autre nature. Mathieu se méfiait des religions en général et du Catholicisme en particulier. Son niveau d'étude ne dépassait pas celui de la maternelle, mais il avait acquis au fil des ans et au gré de ses voyages, grâce ä sa ténacité d'autodidacte et à sa soif de savoir, certaines connaissances qui lui permirent d'affronter les a1éas de l'existence et les défis que les voyageurs de 1´époque avaient ä relever. Les récits des dévastations provoquées par les Querres de religion en Provence et de l'effet désolant qu'elles eurent, tant sur le plan physique que moral de ses compatriotes, l'avait rendu très méfiant ä l'égard de tout ce qui touche tant soit peu à la religion. Un de ses clients ä Marseille, homme de lettres et humaniste engagé, lui prêtait volontiers quelques livres de sa vaste bibliothèque, qu'il lisait avec grand plaisir en prenant note des passages dont la signification lui échappait, pour pouvoir dès que l'occasion s'en présenterait, en demander le sens exact à son bienfaiteur. I1 avait lu Montaigne et pensait comme lui que personne, vu la Grandeur de Dieu, ne pouvait se Le répresenter. I1 avait même entendu parler de Spinoza et de sa théorie panthéiste d'un Dieu indissociable de la nature, qui le confortait dans ses convictions déistes de l'univers. Méfiant donc envers tout ce qui avait trait aux religions établies, il prenait sensiblement ses distances avec leurs lieux de culte. C'est donc le cceur léger qu'il s'éloigna du logis de son cousin pour aller flâner dans les ruelles étroites et peu salubres de sa ville natale, à la recherche de sensations, de souvenirs d'enfance estompes au gré des années passées. Sur le chemin de retour il fut rejoint par son cousin, qui, profitant des rayons bénéfiques du soleil printanier, faisait les Cent pas devant sa maison. On se mit à table et dégusta avec délectation et en silence la potée au fumet de poisson de la mère Icard, une sorte de bouillabaisse qui ne portait pas encore son nom, recette dont eile Beule possédait le secret.-Ce n'est qu'au dessert, le riz au lait servi, que la conversation s'engagea. Anecdotes, souvenirs de jeunesse et contes d'autrefois fusaient de partout, et c'est dans cette ambiance débonnaire de joie et de convivialité que Jacques posa à Mathieu la question dont la reponse allait chambouler le Court de sa vie future. I1 lui demanda de faire un bref récit de son voyage et des pays qu'il a visités. Mathieu, aussi bon conteur qu'intrépide voyageur, ne se le fit pas Arier deux fois pour relater l'histoire qui seit et que je retransmets textuellement : Eh bien mon cher Jacques, depuis mon très jeune âge, j'ai eu une faiblesse toute particulière pour tout ce qui à trait à la bonne chair en général et aux confiseries en particulier. Mon passe temps favori avait toujours été d'observer avec grande attention les faits et gestes de ma grand-mère s'affairant auprès de i'âtre sur ses marmites remplies de mes confitures, Sauces et compotes de prédilection, qu'elle préparait avec amour et talent. Je scrutais chacun de ses gestes et essayais plus tard de m'en remémorer les différentes etapes du procédé de leur fabrication. Ma grand-mère remarqua 1' intérêt quo je portais à son travail et me fit participer de plus en plus à l'élaboration de ses produits. Elle alla jusqu'à me divulguer le secret de leur recette en me priant de le considérer comme un cadeau inappréciable et de bien vouloir le garder pour moi. Elle fut très heureuse de constater avant sa mort les progrès que j'avais faits en la matière et le degré de perfection que j´y avais acqius. Cette aptitude me fut d´un grand service quand je décidais de quitter le foyer familial pour joindre Marseille, où je croyais pouvoir exercer le métier de confiseur pour satisfaire la gourmandise des épouses des échevins et autres bourgeois marseillais. Tous les jeunes de la région rêvaient de pouvoir un jour s'établir à Marseille, grand port au rayonnement mondial et qui leur offrait de multiples possibilités d'embauche. L'essor fulgurant de cette ville était principalement dü aux activités de son port et à son emplacement ä l'embouchure du Rhône, ce qui permettait aux grands négociants et à 1' aristocratie de commerce de placer leurs marchandises dans les échelles du Levant et dans Gelles d'outre atlantique, tout en ayant, grâce au Rhône, un accès naturel vers 1'intérieur du pays. Dès mon arrivée à Marseille, je me suis mis immédiatement à la recherche de n'importe quel travail dont la rémunération devait tout d'abord servir ä atténuer la faim qui creusait mes entrailles. L'enseigne d'un établissement sur Iaquelle était inscrit le mot « Café » attira mon attention. Ce mot m'était inconnu et, pris de curiosité, je tentais un coup d'oeil inquisiteur à travers la fenêtre de ce lieu, quand un homme me demanda ce que je cherchais. Je 1'informais de mon intention d'accepter n'importe quelle occupation pour apaiser les affres de mon estomac. Tout en scrutant mon visage, il me demanda d'où je venais. Je le mis au courant de mes origines et de la raison de mon départ pour Marseille. Il m'informa qu'il était le patron du local et me demanda si j'acceptais de m'occuper de la propreté de son établissement pour une somme qui me paraitrait aujourd'hui dérisoire. C'est ainsi que je débutais comme serviteur dans ce qui fut, je l'apprendrais plus tard, le premier cafe de la ville. En effet le patron était un petit négociant, dont les affaires l'avaient mené à visitier Constantinople. Dans cette métropole il avait souvent eu l'occasion de s'installer dans les différents « Kahve Hane » de la ville pour déguster ce délicieux breuvage que Von nommait « Kahve ». De retour en France, emportant avec lui plusieurs sacs de Jute contenant les graines vertes qui servaient à la fabrication de cette infusion, il ouvrit le premier cafe de tout le pays. Le patron, provencal ventru, joufflu et sympathique, me témoignait une affection que je prenais grand soin de ne pas décevoir. L'occasion qui me fut donnée de démontrer mes dons de confiseur ne fit qu'augmenter ses bonnes intentions ä mon égard. Les petites gâteries que je confectionnais pour les clients du cafe contribuèrent ä l'augmentation de la clientèle. J'etais devenu un élément incontournable du lieu en tant que Chef confiseur et assistant serveur du patron. Les clients habituels se composaient essentiellement de bourgeois négociants, et de certains echevins protestants de la ville. L'un d'entre eux, Monsieur de S...venait très régulièrement s'installer tout pres de la fenêtre donnant sur le port et siroter son café qu'il laissait souvent refroidir, tout perdu qu'il était dans la lecture de I'un de ses livres. M. de S... remarqua l'intérêt que je portais aux différents ouvrages qu'il posait avec soin sur sa table et me demanda si je désirais en lire quelques uns. Je lui fis savoir que je ne connaissais que quelques bribes de francais, et que je ne brillais pas non plus dans ma langue maternelle qui était le provencal. Il me proposa gentiment de m'aider ä surmonter mes difficultés linguistiques. C'est ainsi que, grâce aux quelques moments de conseils intensifs de ce bienfaiteur de fortune, j'cus l'occasion d'apprendre les rudiments nécessaires de la langue française, qui prenait de plus en plus une place prépondérante aupres de la bourgeoisie de la ville. Les chefs-d'oeuvre qu'il voulait bien me prêter et que je dévorais avec Brand attention, sans pour autant toujours bien en saisir le sens , élargirent mon horizon culturel, ce que certains textes rébarbatifs, qu'il me commenta d´une manière inespérée, ne firent que renforcer. Deux années passèrent sans que je ne m'en fusse rendu compte. La tâche quotidienne que j'accomplissais avec plaisir jointe au bonheur causé par mes soirées studieuses, m'empêchaient de prendre conscience de la fugacité du temps. Par un bei après-midi du mois de juin, mon guide et ami vint prendre sa place habituelle accompagné d'un homme d'une stature imposante dont le front degarni et le menton en galoche laissaient entrevoir le caractère volontaire et monolithique du personnage. J'appris qu'il s'agissait du patron de plusieurs tartanes qui faisaient du cabotage en Méditerranée et qui s'apprêtait à rejoindre Smyrne avec l'un de ses bateaux pour le règlement d'un lot de draperies du Languedoc bloqué dans le port de cette ville. II demanda à mon patron s'il connaissait quelqu'un qui pourrait faire 1'office de coq sur le bateau qui avait perdu le sien lors de son précédent voyage en Sicile, emporté par 1'épidémie de choléra qui y sévissait. Je ne sais pas ce qui me fit dire ä brûle-pourpoint que ce pöste pourrait à la rigueur m'intéresser. Mon patron rétorqua que cela était hors de question, mais mon mentor, qui était au courant de mes rêves de dépaysement et d'exotisme, le lui fit é, correspondait au temps requis pour l'aller et retour du bateau. Cet intermède d'un an dura en réalité 10 ans. A partir de 1' instant où je mis le pied sur ce petit navire, rien ne fut plus comme avant. Pour atteindre Smyrne au XVIIeme síècle il y avait deux facons de procéder, soit on organisait un transport de plusieurs grands navires en commun, formant une flotte nommée caravane, soit on faisait du cabotage le long de la côte avec des petits bateaux rapides. Les Hollandais et Anglais avaient institutionnalisé les transports par caravanes qui avaient l'avantage d'être en groupe et de pouvoir se défendre en cas d'attaque des corsaires de différentes origines qui pullulaient dans la région. Il s'agissait de convois bien organisés et protégés par des vaisseaux équipés de canons et dont l'équipage aguerri, était très discipliné. Le désavantage de ces caravanes était, bien entendu, la lenteur de leur vitesse de croisière et le manque de flexibilite de manoeuvre en cas d'attaque intempestive. Les Francais en revanche se servaient de petits bateaux pour le transport de leurs marchandises, ce qui avait l'avantage d'esquiver l'attaque impromptue des corsaires grâce à la rapidité de leur embarcation et à la cé1érité des manoeuvres engagées. Ces navires pouvaient voyager par tous les temps. Le désavantage du procédé employé par les Francais était le peu de rendement du chargement et le manque de coordination de 1'équipage, dont l'indiscipline légendaire risquait souvent de mettre en péril bateau et cargaison. A 1'encontre des grands armateurs anglais et hollandais, les patrons de bateaux francais ne possédaient que des fonds de reserve relativement médiocres qui, en cas de naufrage ou d'avarie de la marchandise transportée, ne leur permettaient pas d'échapper à une Liquidation judiciaire. Notre voyage suivit son cours sans incident majeurjusqu'au large de l'île de Syros où un bateau corsaire barbaresque décida de nous prendre en course. Une manoeuvre rapide de dégagement nous fit mettre le cap sur l'île et notre volle latine gonflée par le fort vent du nord-ouest augmenta instantanément la distance qui nous séparait de l'agresseur et empêcha ainsi un abordage imminent. Nous jetâmes l'ancre dans le port de Syros où nous fûmes gentiment hébergés par les pères capucins de la plus catholique des îles grecques. Nous reprîmes le lendemain notre chemin pour nous diriger vers notre destination finale, le port de Smyrne. Nous atteignimes la baie de cette ville par une belle soirée du mois de septembre. L'imbat, vent bénéfique de la région, nous menait directement sur le château fort inférieur, construit sans doute par les Génois. Nous encrâmes dans la rade du port, réservée aux bâtiments etrangers. Les douaniers montèrent à bord et procédèrent aux longues et fastidieuses formalités usuelles. Cela me permit de contempler ä loisir la scene féerique qui s'offrait à mes yeux. Un immense collier d'or formé par les rayons du soleil couchant se reflétant sur les facades des maisons du littoral enveloppait les flots bleu-émeraude de la baie. Ce collier était lui-même engoncé dans un luxueux écrin foisonnant, offert par les imposantes montagnes environnantes. Ces impressions de soleil couchant me comblaient de bonheur et emplissaient mon coeur d´une vive sympathie pour cette ville et son entourage que je ne connaissais pas encore. Ce premier contact eut sans doute une influence décisive lorsque je pris la décision de m'y établir. Un voyage qui ne devait durer qu'un an se transforma en un périple de 10 inoubliables années. |
|||




