| Author: | Peter H. Mettler | ![]() |
| Rights sold: | foreign rights available in all languages | |
| Genre: | Science | |
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| Editor: | Book not published yet | |
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1. PRESENTATION DE QUELQUES CAS CONCRETS DE TRANSFERT DE TECHNOLOGIE Nous exposerons ici, dans un ordre croissant de complexité technologique, des cas concrets de transfert de technologie dont quelques uns auxquels nous avons pris part. 1er cas Au Sri Lanka, les bananes cultivées dans les régions montagneuses du Kandy sont cueillies et directement chargées dans des camions puis transportées vers la capitale, Colombo, pour y être commercialisées. A l'arrivée, 50% du chargement était détruit. Pour parer ce problème, nous avons proposé l'utilisation de cagots en bois. Empilés les uns sur les autres dans le camion, ils protègent leur contenu de toute détérioration. Cette technique a permis d'éliminer les dégâts et d'assurer l'acheminement normal des bananes. Après trois ans de travail, une industrie de fabrication manuelle de cagots employant 30.000 salariés a vu le jour et a permis le triplement des ventes de bananes. Cette expérience est le fruit d'un transfert de technologie local sans importation de technologie étrangère, dont la mise en place semble à priori simple. Toutefois, nous avons éprouvé des difficultés à convaincre les acteurs d'adopter une nouvelle technologie. Ceux-ci critiquaient la complexité du système et arguaient de l'absence de maîtrise de savoir-faire technologique (technologie de fabrication des cagots et des clous ...). 2ème cas Durant les années 80, le Cameroun ne disposait pas d'une industrie locale de verre à boire. Le marché local était dominé par des producteurs français qui couvraient la quasi-totalité de la demande intérieure. Un transfert technologique de 30.000 écus a été monté entre un opérateur local et un partenaire allemand avec la collaboration du bureau allemand de coopération. Le démarrage de la production est intervenu deux années plus tard. L'activité s'est ensuite progressivement élargie à l'exportation vers d'autres pays africains et les économies d'échelle réalisées ont permis de baisser considérablement les prix et à conquérir 50% du marché local aux entreprises françaises. Aujourd'hui, l'entreprise camerounaise emploie 300 salariés et produit une large gamme de verres. 3ème cas Le Sri Lanka est un important producteur mondial de caoutchouc. Faute de maîtriser la technologie de transformation, ce pays se contentait d'exporter du caoutchouc brut qui ne lui assurait pas des revenus importants. Il devait aussi faire face à une pénurie chronique de pneus et de tuyaux. Un transfert de technologie Sud-Sud a été mis en place entre le Sri Lanka et la Corée du Sud, producteur mondial de pneus et de tuyaux avec grands pourcentages du marché mondial. D'importants investissements ont été engagés pour la construction d'une usine de transformation du caoutchouc. Actuellement, le Sri Lanka arrive à satisfaire la demande intérieure de pneus et de tuyaux et commence à exporter ces produits sur le marché mondial. Le pays n'ayant pas encore développé des structures d'exportation et de commercialisation, ces opérations sont réalisées par des compagnies sudcoréennes qui se chargent d'acheter la production et de la commercialiser. 4ème cas En 1985, la pollution excessive de la Mer du Nord a conduit à la suspension de la pêche au hareng. Les saoudiens, premiers consommateurs dans le monde de hareng de la Mer du Nord, nous ont demandé de trouver des solutions alternatives à ce problème. Les recherches que nous avons menées ont montré que les côtes péruviennes sont riches d'une variété de poisson qui, mariné, présente un goût comparable au hareng de la Mer du Nord. Toutefois, le Pérou ne pouvait produire ce poisson à l'échelle industrielle et le commercialiser, ne disposant pas d'une industrie de fabrication de conserves et d'une structure d'exportation spécifique. Le transfert de technologie réalisé a permis au Pérou de développer une industrie de transformation fortement concurrentielle dont les exportations se font essentiellement vers l'Arabie Saoudite. Une licence d'exploitation a même été cédée à une entreprise allemande de conserves pour produire une marinade faite à partir du poisson péruvien. 5ème cas Il existe un marché mondial de 3 millions d'individus incapables d'ingérer les aliments contenant du gluten (miel, pain...). Les recherches menées dans le cadre de l'aide allemande au développement ont permis de constater l'existence au Pérou d'un arbre dont le fruit contient des grains produisant du miel dépourvu de gluten. Huit années de recherches ont permis l'extraction du gluten de ces grains, son utilisation dans la fabrication du pain et la mise en place d'un processus d'industrialisation et d'une structure d'exportation de cette substance. 6ème cas L'Alpaga est un tissu fabriqué à base d'une fibre obtenue à partir de la fourrure d'un animal du même nom vivant en Amérique du Sud (notamment au Pérou). La production mondiale de fibre d'Alpaga est relativement faible car l'Alpaga est une espèce protégée dont la disparition menacerait l'équilibre écologique de la région. Il y a quelques années, le Pérou, producteur d'Alpaga, était fortement endetté (notamment auprès de l'ex-URSS). Les modestes revenus générés par l'exportation de cette matière ne lui permettaient pas d'acquérir la technologie nécessaire au traitement de la fibre pour réaliser des applications industrielles. Les allemands possédaient et maîtrisaient cette technologie qui permet de produire, à partir d'éléments naturels, une fibre textile très fine et de qualité supérieure. Une structure de commerce triangulaire a donc été mise en place entre le Pérou, l'Allemagne et l'ex-URSS. Un consortium comprenant des entreprises allemandes spécialisées dans la fabrication de machines textiles, le traitement des fibres et la confection a été constitué. Il a effectué des prises de participation dans des entreprises péruviennes de textile, ce qui leur a permis de moderniser leurs équipements, acquérir les technologies récentes de transformation et améliorer leurs structures de production et de commercialisation. Ces dernières garantissaient aux entreprises allemandes un pourcentage important de la production péruvienne d'Alpaga. L'ex-URSS, importateur de produits textiles à base d'Alpaga (particulièrement des costumes masculins très prisés par la nomenklatura soviétique), s'engageait pour sa part à réduire la dette péruvienne au fur et à mesure des livraisons effectuées par les allemands. 7ème cas La Tazara est une ligne de chemins de fer, construite par des opérateurs chinois, reliant la Zambie à la Tanzanie. Les rails de cette ligne ont été construits sur une pente très raide (7 %) pour ce genre d'infrastructure ce qui endommageait systématiquement les locomotives qui y circulaient. Le même problème était d'ailleurs survenu en Chine. Les tanzaniens ont sollicité MTU, une compagnie allemande filiale de Mercedes Benz, pour résoudre ce problème. Les allemands se sont aperçus que les pannes étaient dues au réchauffement des coussinets du moteur. Actuellement, la Tanzanie a intégré la technologie de fabrication de coussinets. Une usine de Dar Essalem, montée en collaboration avec les allemands, en fabrique et en exporte, notamment en Chine. 2. CONDITIONS PREALABLES A LA MISE EN PLACE D'UN TRANSFERT DE TECHNOLOGIE Souvent les acteurs prenant part à un transfert de technologie se posent au préalable la question suivante : quelle est la problématique à résoudre ? Une réponse simpliste consiste à avancer le manque ou même l'absence de savoir, de savoir-faire et surtout d'esprit d'initiative. Il appartient aux anthropologues, psychologues et autres philosophes d'analyser ces phénomènes. Nous nous contenterons, de notre part, d'énoncer quelques pré-requis nécessaires à la réalisation et à l'intégration d'un transfert de technologie dans un PVD : • Les PVD doivent faire face à des défis importants : améliorer la qualité de leurs produits, réduire considérablement leurs coûts de production et augmenter sensiblement la productivité. Des variables qui représentent déjà des standards de production dans les pays industrialisés. • La nécessité de minimiser les coûts d'exploitation. A titre d'exemple, le coût énergétique demeure élevé dans de nombreux PVD qui ne peuvent disposer d'une énergie fossile abondante et bon marché ou, à défaut, développer des techniques de production d'énergies alternatives (énergie solaire, énergie à base d'hydrogène...). • Les acteurs économiques et sociaux des PVD doivent opérer une évolution cognitive fondamentale qui consiste à abandonner le fatalisme pour adopter une vision entrepreneuriale dans la conduite des affaires. • Les pouvoirs publics doivent mettre en place une politique d'incitation à l'épargne privée et en faire le principal outil de financement de l'économie. Ceci permettra de réduire la dépendance des PVD vis-à-vis des investissements étrangers. 1 Cette option a longtemps été à la base de la stratégie de développement du Japon qui a même interdit, à une certaine époque, les investissements étrangers. • L'individu et les groupements privés sont les acteurs émergents de la mondialisation. Dans ce sens, l'Etat de droit doit garantir les libertés publiques et individuelles, véritables catalyseurs de la créativité et de l'initiative privée. Les cas exposés plus haut nous incitent à formuler interrogations suivantes, notamment en termes de changement stratégique : • Comment naît un changement ? et quels sont ses initiateurs? (sachant que le changement représente une menace pour certains acteurs et a tendance à bouleverser les habitudes acquises et reproduites). • Quels sont les acteurs qui impulsent le changement et l'innovation ? et où réside leur intérêt à le faire ? • Quelles sont les conséquences de l'introduction des nouvelles technologies dans les PVD (chômage, apparition de nouvelles qualifications, émergence de nouveaux acteurs qui bénéficient matériellement et politiquement du changement...) ? • Le transfert de technologie Sud-Sud est-il plus facile à réaliser que le transfert de technologie Nord-Sud1 ? 1 Nous remarquerons que les échanges Sud-Sud passent souvent par des structures localisés dans les pays du Nord (exemples : transport aérien, télécommunications...). 3. LA DIMENSION STRATEGIQUE DE LA REVO LUTION SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE Nous vivons un changement de grandeur qui transparaît à travers deux aspects apparemment contradictoires qui interagissent : • La miniaturisation des supports technologiques. L'ordinateur, par exemple, comporte des composants de plus en plus miniaturisés. • La globalisation : beaucoup de phénomènes se passent à une échelle de plus en plus large (globalisation des échanges économiques, des communications...). Nous vivons également une révolution scientifique qui a propulsé la biologie au rang de science de référence. Elle se substitue à la physique jusque là considérée comme le pilier des sciences fondamentales et à l'informatique malgré sa capacité à développer de nouvelles intelligences et à offrir des outils d'analyse de plus en plus élaborés. La théorie de KONDRATIEV montre que l'innovation technologique dans l'informatique est en phase de déclin. La mutation de la biologie, illustrée par le boom des biotechnologies, offre désormais des possibilités innombrables de modification de la structure du vivant. Les conséquences de cette mutation nous imposent d'accorder la plus grande importance aux nouveaux problèmes d'éthique qui en découlent. Ces révolutions donnent lieu à plusieurs paradoxes : • La miniaturisation sur laquelle repose l'architecture des réseaux informatiques favorise, paradoxalement, la globalisation des échanges économiques et communicationnels. • L'accroissement de la production ne résoudra pas le problème du chômage mais l'aggravera davantage. En effet, les systèmes de productions deviennent fortement automatisés et intègrent de plus en plus des technologies à faible utilisation de main d'oeuvre. Dans les produits "haute technologie", par exemple, celle-ci ne représente plus que 3 à 4% du coût total. • L'équilibre géopolitique actuel connaît des bouleversements majeurs. Le paysage géopolitique mondial est en train de se recomposer autour de six nouveaux «joueurs mondiaux» 2: Chine, Inde, Asie du Sud-Est, région islamique (dans une configuration à définir), E-U et Europe. Les risques de confrontation apparaîtront plutôt entre les entités culturellement proches. Traduction du terme originel anglais «world players». 4. REFLEXIONS SUR L'APPORT DE QUELQUES NOUVELLES TECHNOLOGIES AUX PVD Nous livrons ici quelques pistes potentielles pour le développement économique de la Tunisie qui peuvent aussi concerner les PVD plus généralement. • Pour accélérer le développement du tissu industriel tunisien, l'Etat doit initier une politique industrielle pilote qui vise à doter le pays d'une industrie de machines-outils ou, à défaut, d'une industrie de fabrication de pièces de rechange. • Nous avons constaté, dans un pays arrosé par le soleil la majeure partie de l'année, que l'énergie utilisée pour le chauffage est essentiellement d'origine hydrocarbure. La Tunisie pourrait profiter de cet avantage naturel en développant l'usage de l'énergie solaire (comme en Espagne et en Italie) et même devenir un exportateur de systèmes de chauffage solaire. • Le désert tunisien peut constituer une plate-forme de production d'énergie à base d'hydrogène pouvant être exportée vers l'Europe centrale à travers un pipeline passant par la Sicile. 5. PRE-REQUIS POUR LE DEVELOPPEMENT DES PVD • Pour affronter les défis qui se posent nous devons apprendre à changer notre manière de penser et d'aborder les problèmes du développement. Abandonner la vision classique qui privilégie les préoccupations immédiates et adopter une approche stratégique. • La stratégie de l'imitation a toujours été considérée comme une approche négative par opposition à l'approche basée sur la créativité et l'innovation. L'histoire nous montre que les grandes puissances économiques ont été les parfaits imitateurs des stratégies des autres1. L'imitation représente donc un réflexe naturel qui peut produire des résultats surprenants. L'Allemagne, le Japon et la Corée du Sud, pour ne citer que ces exemples, ont eu recours à l'imitation pour stimuler leur développement économique. • Il existe une différence entre le savoir et le savoir-faire d'une part et la science et la recherche scientifique d'autre part. D'aucuns estiment que la recherche scientifique et le développement technologique représentent des enjeux vitaux pour les nations qui visent le progrès. Cependant, on oublie souvent que ce sont le savoir et le savoir faire qui sont à la base de la réalisation de ces enjeux. La rareté de ces deux éléments commence déjà à handicaper les pays industrialisés qui connaissent une pénurie de main d'oeuvre qualifiée capable de traduire les constructions scientifiques théoriques en réalisations concrètes. • L'orientation de la recherche scientifique vers des objectifs stratégiques exige un choix judicieux de partenaires. La Tunisie semble avoir fait ce choix en s'intégrant à l'UE. Elle doit donc développer une politique industrielle qui repose sur la technologie et la recherche scientifique. |
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